Fiche de lecture : d’abord dans un but personnel, j’essaie de me construire un avis, puis de le rédiger, sur les propos tenus par un auteur ; que ce soit pour formaliser ma critique, positive comme négative, ou garder une trace des concepts importants. Et quitte à l’avoir écrit, autant en faire profiter ceux qui le souhaitent !
Vous retrouverez plus bas la référence de l’ouvrage.
Bruno Falissard est reconnu parmi les jeunes psychiatres comme un excellent pédagogue, et c’est ce que l’on retrouve en lisant ces pages.
Je me suis procuré ce livre par curiosité envers la psychanalyse : mes connaissances sur le sujet étant majoritairement de l’ordre de la croyance et des préjugés, entendus au cours de mes études et de mes pérégrinations sur les internets. Citons parmi ceux-ci la célèbre idée de Sigmund Freud qui objectiverait sans plus d’explication une attirance sexuelle entre un jeune garçon et sa mère, concept qui serait universel chez notre espèce ; c’est également l’exemple régulièrement utilisé pour décrédibiliser les travaux de S. Freud, pour des raisons qui semblent évidentes.
Ainsi, l’opportunité de lire une introduction a priori qualitative aux concepts psychanalytiques tels que compris aujourd’hui m’a semblé être une opportunité intéressante.
B. Falissard ne déçoit pas en ce qui concerne ses qualités pédagogiques : il présente clairement le dilemme apparent opposant une vision moléculaire et cellulaire des pathologies psychiatriques, à la vision plus intégrative prônée par la psychanalyse. Ceci étant dit, il continue en introduisant par des exemples parlants les concepts sous-tendant cette deuxième vision. J’ai particulièrement apprécié le parallèle réalisé avec les modèles de convergence, concept plus mathématique que médical, même si l’on pourrait également y voir un moyen de légitimer des idées en y plaquant un « scientifisme », caractéristique souvent non reconnu à la psychanalyse (à raison, selon moi, étant donné la définition de la question scientifique tel que globalement accepté : est scientifique ce qui est réfutable, selon Karl Poppers1). On finit l’ouvrage en ayant une vision d’ensemble des bases, certes très très basiques à travers seulement une centaine de pages, de la réflexion psychanalytique.
Un gros défaut, à mon humble avis, est le passage très rapide – inférieur à une page – que B. Falissard consacre justement au concept incestuel de la psychanalyse, sans prendre le temps de le justifier réellement. Les explications très succinctes qu’il apporte sont à mon sens très insuffisantes, alors même que c’est un concept particulièrement marquant et critiqué de la psychanalyse. C’est d’autant plus étonnant que B. Falissard venait quelques pages auparavant de terminer un chapitre sur le sous-entendu que le libre-arbitre était une illusion, après une série d’expériences de pensées beaucoup plus stimulantes intellectuellement.
Au total, et sans connaissance objective sur la psychanalyse avant cette lecture, elle reste une introduction intéressante, et globalement qualitative sur le plan pédagogique. Je ne pourrais pas évaluer si elle rapporte effectivement une vision acceptée de la psychanalyse, n’y connaissant pas grand chose moi-même. Cependant, ce ne sera pas cet ouvrage qui vous convaincra de la véracité de cette théorie de l’esprit, puisque l’on n’y retrouve pas plus de preuves « scientifiques » qu’ailleurs sur ces idées.
Référence de l’ouvrage

Philosophie, psychanalyse, neurosciences sont autant de disciplines dédiées à l’étude de l’homme et de sa pensée. Et pourtant, cette dernière continue à résister. Cet ouvrage tente de construire un cerveau imaginaire, le regarde fonctionner, le modifie par petites touches pour que, peu à peu, il permette de répondre à quelques questions essentielles : qui est ce « moi » qui hante en permanence les couloirs de notre vie psychique ? Comment concevoir un cerveau libre de ses choix ?
- Il y a bien d’autres définitions de ce qu’est une « science », loin de moi l’idée de les réduire à l’unique avis de K. Poppers. ↩︎