L’intime étrangère

Fiche de lecture : d’abord dans un but personnel, j’essaie de me construire un avis, puis de le rédiger, sur les propos tenus par un auteur ; que ce soit pour formaliser ma critique, positive comme négative, ou garder une trace des concepts importants. Et quitte à l’avoir écrit, autant en faire profiter ceux qui le souhaitent !
Vous retrouverez plus bas la référence de l’ouvrage.

L’intime étrangère est un roman d’Anne Révah, pédopsychiatre et professeure de psychiatrie, par ailleurs spécialiste des études qualitatives, i.e. se concentrant sur « des mots plutôt que des chiffres ». Elle raconte l’histoire d’une patiente, psychiatre également, qui subit une dépression mélancolique avec syndrome de Cotard et idées suicidaires envahissantes.
On ressent l’impact de son travail de recherche et de son expérience propre, dans les mots choisis pour décrire les émotions et sentiments du personnage principal. Au-delà de l’aspect romanesque, l’intérêt principal de cet ouvrage réside là : c’est une incroyable entrée dans l’esprit torturée, les pensées déprimées, la vision noire que vit le personnage. Il n’y a pas de tabou, malgré la symptomatologie gravissime que présente la patiente : les hallucinations accoustico-verbales, les idées suicidaires, les idées délirantes, etc. sont pleinement décrites et assumées. C’est également un formidable roman qui normalise la maladie psychiatrique, qui peut littéralement toucher n’importe qui, même une psychiatre. D’intérêt public en ce sens.
À noter quelques détails de la vie de ce personnage qui laisse penser que ça peut être un roman autobiographique. Ce n’est pas clairement énoncé dans l’ouvrage, quoiqu’il en soit.

Bref, si besoin est de le préciser, je recommande absolument !

Référence de l’ouvrage

Tu as passé du temps dans un monde inconnu, peuplé de certitudes incongrues, monstrueuses, désorganisées et pourtant limpides, brutales et intraitables. Un monde dont tu as cru sans douter qu’il était réel, imposant, et dont la réalité fait mal à en crever. C’est arrivé. C’est aussi simple que ça, c’est arrivé. Après ça, tu vas changer, on change forcément après un voyage pareil, et puis le regard des autres sur toi va changer, ce n’est pas pareil d’avoir été folle ou de ne jamais avoir été folle.

À propos

Interne en psychiatrie à Paris et docteur en neurosciences, je navigue entre l’hôpital et le laboratoire — deux endroits où les questions sur le cerveau et la souffrance psychique prennent des formes très différentes. L’objectif final est toujours de soigner : à l’hôpital de le faire au mieux de nos connaissances, et au laboratoire de repousser les limites de ces connaissances. Toujours dans cet objectif, ce site est un espace pour partager, explorer et réfléchir.